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Facturation · publié le 30 août 2026

La situation de travaux : ce que c’est, et comment elle se calcule

Sur un chantier qui dure, on ne facture ni tout à la fin, ni au calendrier. On facture ce qui est fait, au fur et à mesure, et la pièce qui porte ce constat s'appelle une situation. Le mécanisme tient en une soustraction, mais c'est une soustraction que beaucoup refont de tête, et de travers.

Le détail d'une facture de situation, ligne par ligne, avec son avancement

Une situation facture ce qui est fait, pas ce qui était prévu

Une situation de travaux est la facture de ce qui est réellement exécuté à une date donnée. Elle dit, à cette date, où en est chaque ouvrage du marché, et ce que cet avancement représente en euros. Elle ne regarde ni le planning, ni le nombre de semaines écoulées : elle regarde le chantier.

C'est ce qui la distingue d'un échéancier calendaire, où le marché est découpé en tranches de temps convenues d'avance, indépendantes de ce qui a été posé. Un échéancier avance même quand le chantier n'avance pas. Une situation, non. Si le mois a été perdu en intempéries, la situation du mois est faible ; si un lot a pris de l'avance, elle est plus forte. Le client ne paie pas une date, il paie un état d'ouvrage qu'il peut aller voir.

Ce qui se discute dans une situation n'est jamais la facture : c'est l'avancement qu'elle constate. Régler le désaccord sur le chantier, pas sur le document.

La mécanique : acompte, situations successives, solde

Un marché facturé à l’avancement se déroule presque toujours dans le même ordre, avec trois natures de pièces qui ne jouent pas le même rôle.

  • L'acompte, demandé à la signature, avant que le chantier ne commence. Il ne constate aucun avancement puisqu'il n'y en a pas encore : c'est une avance, qui se déduira ensuite.
  • Les situations, émises aux échéances prévues au marché. Chacune reprend l'avancement CUMULÉ depuis l'ouverture du chantier, et non ce qui a été fait pendant la seule période écoulée.
  • Le solde, à la fin, qui porte l'avancement à son terme et solde ce qui reste dû, avenants compris.

Le point qui n'est pas intuitif est celui du cumul. On ne facture pas « le mois » : on calcule d'abord ce que valent tous les travaux exécutés depuis le début, on retranche tout ce qui a déjà été facturé (acompte compris), et la différence est le montant de la situation. La série de situations est donc une suite de photos, chacune remplaçant la précédente, et non une addition de tranches.

Un exemple, sur des chiffres ronds

Prenons un marché de 100 000 € HT, avec un acompte de 10 000 € versé à la signature. Les montants ci-dessous n'ont aucune valeur d'usage : ils servent uniquement à montrer la soustraction.

  • Première échéance, avancement constaté 25 %. Travaux exécutés : 25 000 €. Déjà facturé : 10 000 €. Situation n° 1 : 15 000 €.
  • Deuxième échéance, avancement cumulé 60 %. Travaux exécutés : 60 000 €. Déjà facturé : 25 000 €. Situation n° 2 : 35 000 €.
  • Réception, avancement 100 %. Travaux exécutés : 100 000 €. Déjà facturé : 60 000 €. Solde : 40 000 €.

La somme des pièces fait bien le marché, et aucune ligne n'a été facturée deux fois. C'est le mérite du calcul par cumul : une appréciation un peu optimiste sur une situation se corrige d'elle-même à la suivante, sans avoir à émettre un avoir. À condition, évidemment, que le cumul reparte du bon montant.

Le détail d'une facture de situation, ligne par ligne, avec l'avancement de chaque poste
Une situation, ligne par ligne. L'avancement se constate poste par poste, et le montant à facturer s'en déduit.

Pourquoi elle se calcule sur le DPGF

DPGF veut dire décomposition du prix global et forfaitaire. C'est le devis détaillé du marché : lot par lot, ouvrage par ouvrage, avec les quantités et les prix. C'est le seul document où l'avancement peut se lire autrement qu'à l'estime.

Un lot n'avance jamais d'un bloc. La chape est coulée, le carrelage ne l'est pas : annoncer le lot à 50 % est une approximation que quelqu'un finira par payer, soit le client qui la conteste, soit vous qui avancez l'écart en trésorerie. En reprenant les lignes du DPGF, on renseigne un avancement là où il est constatable, et le total se calcule tout seul. Personne n'a à croire personne sur parole.

L'autre bénéfice est plus discret : la situation ne peut pas s'écarter du marché. Les prix et les quantités sont ceux du devis signé, donc une situation ne peut jamais facturer un ouvrage qui n'y figure pas. Ce qui n'y figure pas relève d'un avenant, ce qui n'est pas la même conversation.

Le rôle de la validation par le maître d’œuvre

L'entreprise propose un avancement, le maître d'œuvre le constate sur place et le valide, le corrige, ou le refuse. Ce passage n'est pas une formalité administrative : c'est lui qui transforme une déclaration en constat. Sans lui, le client paierait sur la seule parole de celui qui facture, et il le sait.

C'est aussi ce qui protège l'entreprise. Un avancement validé est un avancement qui ne se rediscutera pas trois mois plus tard, au moment où l'on cherche à comprendre pourquoi le cumul ne tombe pas juste. La visite de chantier et la situation ont donc tout intérêt à parler du même état d'ouvrage, et à être faites dans la foulée l'une de l'autre plutôt qu'à quinze jours d'écart.

Ce qui coince, en pratique

Un avancement contesté

Le désaccord porte presque toujours sur des lignes précises, rarement sur l'ensemble. Le réflexe utile est de descendre à la ligne concernée plutôt que de renégocier un pourcentage global : on isole ce qui est discuté, on facture le reste, et la situation part. Une situation entière bloquée pour un poste vaut toujours plus cher que le poste en question.

Un avenant qui n’est pas entré dans le marché

C'est la fuite la plus courante. Le client demande une prestation en plus, elle est réalisée, elle est même payée par l'entreprise à son fournisseur, mais elle n'a jamais rejoint le montant du marché. Toutes les situations suivantes calculent alors un avancement sur une base incomplète, et l'écart ne se voit qu'au solde, quand il est difficile à réclamer. Un avenant se rattache au devis initial, et le total sur lequel portent les situations devient devis initial plus avenants.

Une situation partie en retard

Une situation émise dix jours trop tard est payée dix jours trop tard, et ce retard-là n'apparaît dans aucune comptabilité, puisque la facture n'existe pas encore. Il ne se voit que sur le compte en banque, plusieurs semaines après. C'est le seul poste de trésorerie qu'on peut corriger sans négocier avec qui que ce soit, et c'est aussi celui qu'on remet le plus facilement au lendemain.

S'ajoute, quand le marché en prévoit une, la retenue de garantie : une part prélevée sur chaque situation, souvent 5 %, restituée un an après la réception des travaux. Prélevée en mars, réclamée en juin de l'année suivante, parfois par quelqu'un d'autre. Ce qui n'est écrit nulle part ne se réclame pas, et une somme jamais demandée ne manque dans aucune comptabilité.

Avancement des travaux et avancement de la facturation

Ce sont deux courbes différentes, et elles ne se rejoignent qu'à la fin. Le chantier peut être à 70 % quand la facturation est à 55 %, parce que la dernière situation n'est pas partie, parce qu'un avenant n'est pas signé, ou parce qu'un lot est terminé mais pas encore réceptionné. L'inverse existe aussi, et il est plus dangereux : un acompte confortable et des situations généreuses peuvent placer la facturation devant les travaux, ce qui se rattrape au solde, au moment précis où il ne reste plus rien à facturer pour absorber l'écart.

D'où l'intérêt de regarder les deux chiffres côte à côte plutôt que l'un des deux. L'écart entre eux, c'est votre trésorerie sur ce chantier : positif, il vous est dû ; négatif, vous le devrez. Un chantier peut se terminer à l'équilibre au budget et avoir coûté cher en trésorerie tout du long, uniquement parce que la facturation traînait derrière l'exécution.

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